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Blog du Collectif pour le Respect de la Personne,              un collectif pour l'abolition de la maternité de substitution (GPA)

La GPA : par des riches pour des riches. Une question éthique ?

La raison pour laquelle on met ici en rapport la richesse financière et le recours à la maternité de substitution (dite aussi Gestation pour autrui), c’est que pour les défenseurs de cette pratique et de sa légalisation en France, la présence de l’argent dans les rapports sociaux qu’elle crée, doit être minimisée autant que possible, afin de pouvoir parler de « GPA éthique », forcément acceptable.

 Or, l’argent joue un rôle considérable dans la médiatisation et la montée en puissance des revendications en la matière. On peut faire l’hypothèse que la richesse a été un facteur ayant permis non seulement l’accès à la parentalité, mais aussi l’action de lobbying visant la modification de la législation. Paradoxalement cependant, cette dimension financière est systématiquement présentée comme n’étant pas significative. Plus encore, les tenants de la « GPA éthique » parlent beaucoup d’acte gratuit, de générosité, d’altruisme.

On s’aperçoit cependant que tout le monde n’a pas la possibilité d’exprimer de la même manière son désir d’enfant, et que ceux et celles qui ont pu l’assouvir, jusqu’à présent, au moyen de maternités de substitution, sont des personnes qui disposent de ressources financières. Des personnes qui ont pu se permettre de dépenser des sommes considérables pour devenir parents. Comme le montre le sociologue Emmanuel Gratton, dans un article paru en 2013 :

 « Aujourd’hui, le coût d’une gestation pour autrui reste élevé – sans être inaccessible aux classes moyennes. Il y a généralement à prendre en considération le coût de l’ « agence » (variable selon la réalité économique et la législation des pays où la GPA est autorisée), les indemnités pour la femme qui portera l’enfant, les soins médicaux nécessaires à la fécondation, le coût des voyages (Etats-Unis, Russie…). Les chiffres avancés par les hommes concernés varient de 100 000 euros à 200 000 euros. » (c’est moi qui souligne)

 Plus récemment, dans la presse, l’anthropologue Jérôme Courduriès, tout en défendant la « GPA », admettait que :

 « Evidemment, ce sont des sommes très importantes qui circulent dans la GPA. Le plus souvent, ce n’est pas seulement la femme qui porte l’enfant qui reçoit cette somme-là, il y a aussi des intermédiaires, des frais de justice, des frais de médecine, il y a des agences, etc. Les sommes paraissent parfois un peu folles (…)».

 Il faut donc être riche ou plutôt aisé.e.s pour entamer une démarche d’accès à la parentalité au moyen d’une maternité de substitution.

 A côtés des parents d’intention, les femmes qui proposent leurs services comme mères porteuses sont, de par le monde, dans leur grande majorité, pauvres, voire très pauvres. Toutes ne le sont pas, assurent les sociologues et anthropologues qui en ont rencontrées certaines, dans certains Etats des Etats-Unis, mais l’essentiel du marché reproductif n’est pas là, comme le montrent les sociologues Céline Lafontaine dans son ouvrage Le corps-marché (2014), ou Sharmila Rudrappa, dans ses recherches sur les mères porteuses indiennes.

 Cela est embarrassant, de se voir accusé de profiter de la misère d’une femme. Et, pour des gens qui ont les moyens (matériels, culturels, sociaux) de présenter la réalité d’une manière plus convenable, il est important d’envisager des solutions afin que la « GPA » ne soit plus perçue comme un risque d’exploitation. La solution : que des femmes riches soient seules admises à offrir leurs services comme mères porteuses.

Invité dans une émission sur France Culture, Dominique Mennesson (parent de deux jumelles nées par GPA) avance à plusieurs reprises des affirmations portant sur le dédommagement de la femme qui porte l’enfant.

Il insiste sur l’investissement de la mère porteuse dans le processus d’engendrement, et montre à quel point il est important, en termes de temps qu’elle passe avant même l’insémination, et ensuite tout au long de la grossesse. Un tel investissement et un tel don ne peuvent être rétribués, et on doit parler plutôt de dédommagement que de rétribution. Il fait savoir également que ces femmes ne perçoivent qu’une « faible compensation des frais liés à l’état de grossesse » (pour une activité menée 24H/24, 7j/7, pendant 9 mois ; sans compter les mois de préparation).

Plus encore, quand on lui demande s’il connaît des situations où :

  • il n’y a « aucun lien, d’aucun type » entre la mère porteuse et le couple auquel elle propose ses services,
  • et où l’aspect financier ne joue aucun rôle,

il affirme que c’est même « l’immense majorité » des situations. Ces femmes agissent ainsi pour faire « une bonne action, qui les valorisera », mais en aucun cas pour de l’argent.

 Comme la présence de l’argent est néanmoins inséparable de cette pratique, il précise aussi comment son encadrement doit éviter que cet aspect financier risque de troubler une relation basée sur la générosité et l’altruisme- ou du moins, que les parents d’intention préfèrent présenter comme telle.

 Mennesson soutient qu’il faudrait que les femmes candidates à être mères porteuses puissent montrer, « avec une déclaration d’impôt », qu’elles disposent de revenus suffisants, afin d’éviter tout soupçon, et tout risque, d’exploitation. La réalisatrice de l’émission en conclut que seules les femmes riches auraient le droit d’être mère porteuse.

 (Pour savoir ce que l’on considère richesse et pauvreté, on peut s’en remettre à l’aperçu qu’en a donné récemment l’Observatoire des inégalités, ici. )

 Pour conclure :

Des personnes riches ou aisées pourront ainsi conclure des ententes avec des femmes riches, qui porteront avec générosité et bonheur un enfant pour le leur céder à la naissance.

Sources :

Courduriès, Jérôme, « Faire comme si les enfants nés de GPA n’existaient pas, c’est le contraire de toute éthique », blogs.mediapart.fr, entretien avec Florain Bardou, 3 oct. 2014

Gratton, Emmanuel, « Entre pères gays et mères porteuses », dans Dialogue. Recherches sur le couple et la famille, no. 202, déc. 2013, p. 27

Lafontaine, Céline, Le corps-marché. la marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie, Seuil, 2014

Rudrappa, Sharmila, « Des ateliers de confection aux lignes d’assemblages des bébés. Stratégies d’emploi parmi les mères porteuses à Bangalore, Inde », dans Cahiers du Genre, no.56, 2014

« Questions d’éthique », émission de Monique Canto-Sperber, France Culture, le 28.02.2013

Observatoire des inégalités, « qui est riche et qui est pauvre en France? »,7.04.2014

 

Ana-Luana Stoicea-Deram

 

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