Le 10 janvier 2017, Le Figaro publiait un entretien avec Sylviane Agacinski (propos recueillis par Eugénie Bastié et Vincent Trémolet de Villers).

Parmi les nombreuses questions abordées, celle du droit à l’enfant.

« Le « droit à l’enfant » que vous critiquez n’est-il pas la conséquence logique d’un féminisme libertaire et individualiste ?

D’un individualisme, sans doute, mais il n’est pas spécialement féministe. Le principe d’un « droit à l’enfant » exprime le rêve de mettre la puissance technologique à la portée de tous, sans se soucier des conséquences. On sait que la GPA, assortie de conditions restrictives, est possible en Grande-Bretagne. Or, le 14 décembre dernier, lors d’un débat à la Chambre des lords, certains de ses membres ont demandé au gouvernement britannique de reconnaître aux célibataires, aussi bien qu’à tous les couples, le droit de fonder une famille en recourant à une « mère porteuse ». Tout cela au nom de l’« égalité » entre une personne et… deux personnes. Au-delà du renoncement à toute raison, on passe ici sous silence l’utilisation des tierces personnes qui doivent fournir à chacun, contre un prix raisonnable, les cellules ou le ventre de « substitution » dont il a besoin. Le pire, dans ces errances, c’est l’oubli des droits de l’enfant. Car il s’agit en fait d’établir un état civil sur la base d’une transaction commerciale, comme en Californie. C’est un effondrement du droit des personnes, assimilées à des biens échangeables. »

L’argument d’Agacinski résonne tout particulièrement aujourd’hui, après l’arrêt de la Grande Chambre de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (24/01/17, affaire Paradiso & Campanelli), qui montre que l’on ne peut disposer des enfants comme des biens.

L’article du Figaro peut être lu ici : art-sa