CoRP

Blog du Collectif pour le Respect de la Personne,              un collectif pour l'abolition de la maternité de substitution (GPA)

Le commerce de GPA a la cote

La Cour européenne des droits de l’homme a récemment condamné la France  à retranscrire à l’état civil le lien de filiation entre des enfants mis au monde par une mère porteuse en Ukraine, et leur père français.

En Ukraine, la gestation pour autrui est commercialisée. Les cliniques offrent des « paquets tout compris », des promotions, voire le remboursement des frais en cas de résultat négatif. Les femmes qui agissent comme mères porteuses le font parce qu’elles ont besoin d’argent, et trouvent dans cette activité la possibilité de s’en procurer, et de nourrir leurs propres enfants. Ne mentionner que la condamnation de l’Etat français, c’est vouloir occulter la réalité de l’exploitation de la pauvreté de certaines de ces femmes. C’est aussi vouloir faire croire que des adultes déterminés et chèrement conseillés (les frais de justice des requérants, mentionnés dans l’arrêt de la Cour, en témoignent) ne sont en rien responsables des conséquences de leurs actions. L’argent devrait tout acheter, et surtout, il devrait permettre d’inverser l’ordre des responsabilités : effacer la responsabilité personnelle des commanditaires, pour la transférer dans la sphère juridique, et la faire porter par l’Etat.

Le vieil adage disant que le client est roi, se retrouve confirmé avec le développement des pratiques mondialisées de la maternité de substitution.

La GPA commerciale a la cote, ne pose de problème à personne, et s’intensifie notamment dans le cadre de démarches internationales. Il n’en reste pas moins que, si les stratégies commerciales – marketing et communication- sont très présentes dans la promotion de cette pratique sociale, comme on le voit dans les événements organisés régulièrement par des agences spécialisées, parler argent et profit semble gêner ses promoteurs.

La meilleure stratégie pour rendre acceptable et faire avancer la GPA, c’est d’affirmer qu’il en existe deux types, « GPA éthique » et « GPA commerciale », et de se montrer forcément critique vis-à-vis de la seconde, pour mieux faire admettre la première. Cette stratégie est très présente dans les médias français – sauf lorsqu’ils évoquent les décisions de la CEDH, qui portent sur des situations d’enfants nés de pratiques commerciales. Curieusement, pour aucune des cinq situations de condamnation de la France par cette instance internationale, les journalistes n’ont trouvé utile de décrire les conditions concrètes dans lesquelles la GPA se déroule dans les pays de naissance des enfants. A aucun moment, les journaux « de référence » n’ont abordé la question de l’inégalité des revenus entre les personnes commanditaires et la mère porteuse, ni celle de l’éducation à la santé des femmes et du niveau d’information de la mère porteuse sur les risques encourus dans une GPA, et encore moins la question de la négociation (et du respect) du contrat de commercialisation de la grossesse. A cette exception (de taille) près, les discours dominants relayés par la presse française se réfèrent uniquement à la « GPA éthique ».

Or, la GPA est une sorte de Dr. Ethique et Mr. Profit. Les pays où la pratique est considérée éthique, et promue en tant que telle par la loi, sont aussi ceux qui fournissent des clients pour la pratique commerciale, en plein essor. En Europe, il s’agit de la Grande-Bretagne et de la Grèce.

Pour ce qui est de la situation de la Grèce, le respect de l’éthique prévu par la loi est difficilement crédible, dans la mesure où dès la rédaction du texte législatif, des personnes qui y ont contribué ont explicitement montré que les conditions envisagées (notamment pour la sélection et la rémunération de la mère porteuse) n’allaient pas être respectées, et que le fait de se prévaloir d’une démarche éthique n’était qu’une stratégie pour faire passer la loi (comme dans le film documentaire  « Grèce, le prix d’un enfant »).  Dans un pays en pleine crise économique, le tourisme médical drainé par les cliniques de GPA ne saurait être entravé.

La Grande-Bretagne, en revanche, est une référence pour les promoteurs français de la GPA. La loi britannique reconnaît la mère porteuse comme mère de l’enfant qu’elle met au monde, et son accord, exprimé après l’accouchement, est nécessaire pour que les parents d’intention puissent être reconnus comme ceux de l’enfant ; par ailleurs, la rémunération de la mère est interdite (en revanche elle est dédommagée pour ses frais de grossesse à hauteur de 15 000 livres). Ces conditions, qui font que l’on considère la pratique britannique comme éthique, sont récusées aujourd’hui. D’une part, de plus en plus de Britanniques se rendent à l’étranger  pour avoir recours à la GPA ; d’autre part, la nécessité d’avoir une pratique éthique (dans le sens où elle est envisagée à présent) n’apparaît plus satisfaisante. Une réforme  de la loi est demandée, afin de permettre la rémunération des mères porteuses, et de garantir ainsi un recrutement plus aisé de celles-ci.

En effet, avoir recours à une pratique éthique est encombrant, et limite la satisfaction des désirs des commanditaires, notamment lorsque cela suppose de recourir à l’eugénisme. Mais l’argent achète tout.  Ainsi un couple de Britanniques (propriétaires d’une agence de GPA dans leur pays) choisit-il d’aller aux Etats-Unis pour faire mettre au monde leurs enfants : la sélection du sexe de l’enfant n’est pas permise en Grande-Bretagne, or ils veulent d’abord des garçons (et ensuite, des filles, « superbes »). De même, ce couple d’aristocrates, choisit-il de se rendre aux Etats-Unis, plutôt que d’avoir recours à la GPA dans leur propre pays : ils veulent payer la mère porteuse, et s’assurer ainsi de l’achat du lien de filiation.

L’éthique encombre. L’argent satisfait. Accepter la GPA dite « éthique » c’est accepter la GPA commerciale, car elles n’en font qu’une. C’est pourquoi, le commerce de GPA a de plus en plus la cote.

Ana-Luana Stoicea-Deram

Advertisements

Un commentaire sur “Le commerce de GPA a la cote

  1. le gouis brigitte
    16 février 2017

    On cherche à nous « enfumer » avec le terme « éthique »: non seulement la femme n’est pas respectée alors que ce n’est pas seulement « un ventre »; quant à l’enfant, c’est un « jouet » qu’on s’offre….Il n’y a rien d’éthique

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 605 autres abonnés

Collectif pour le Respect de la Personne

%d blogueurs aiment cette page :