P1180791La gestation pour autrui (GPA) est souvent comparée avec le don d’organes. Un faux étonnement de la personne qui pose la question est censé mettre dans l’embarras celui ou celle qui oserait critiquer la GPA : pourquoi s’opposer à la GPA, alors que nous savons bien à quel point le don d’organes est utile ? Où est la différence entre ces deux pratiques ?

Regardons de plus près, pour voir que la GPA n’est en rien comparable avec le don d’organes.

Tout d’abord, le statut de ces deux pratiques n’est pas le même. Si le don de sang ou d’organes est une pratique médicale, la GPA ne l’est pas : elle utilise deux techniques médicales (la fécondation in vitro et l’insémination artificielle), mais l’utilisation d’un être humain (la femme mère porteuse) ne peut être assimilée à un acte médical.

Deuxièmement, il y a une raison pour laquelle on a recours à une pratique médicale. Or, pourquoi a-t-on recours à un don de sang ou d’organes ? Parce qu’il y a une nécessité vitale pour la personne qui reçoit ce don : en l’absence de sang ou d’organe, la vie de cette personne s’arrête. Rien de tel quant à la GPA : aucun besoin vital. Aucune efficacité médicale non plus, car la pratique n’implique d’aucune façon (si ce n’est financière) les bénéficiaires : aucune personne commanditaire ne reçoit de traitement, ni ne guérit de quel que problème de santé que ce soit, en ayant recours à la GPA.

En troisième lieu, l’objet du don montre à son tour l’indécence de toute comparaison ou rapprochement de ces deux pratiques. Car dans le don de sang ou d’organes, ce qui est donné est un objet – certes, produit par le corps humain, mais un objet tout de même. Les objets n’ont pas de droits. Alors que ce qui est donné, dans le cas de la GPA, est un enfant, c’est-à-dire un être humain. Les êtres humains ont des droits. Les enfants, en tant qu’enfants, ont des droits spécifiques. Disposer d’un être humain comme d’un objet, c’est le traiter comme un objet. Cela revient à lui nier ses droits, et s’apparente à de l’esclavage.

Enfin, en quatrième lieu, les visions politiques de ces pratiques diffèrent : la marchandisation des organes et du sang humains est généralement condamnée et combattue. Dans les pays où elle est permise, elle repose sur l’exploitation de la misère des plus démunis, et conduit aux pires instrumentalisations (comme c’est le cas, hélas, pour les « dons » d’organes en Chine ou encore pour le business du sang aux Etats-Unis). On parle de trafic d’organes, et les efforts des organisations internationales visent à le faire tarir. En revanche, la marchandisation de la grossesse, de la fabrication d’enfants et du lien de filiation (car la filiation aussi est marchandisée, dans la GPA) est promue, à grand renfort de communication et de publireportage (y compris en France, où pourtant la pratique est interdite).

La GPA est le don d’organes ne sont en rien comparables. Si ces deux pratiques sont néanmoins comparées, c’est pour banaliser la GPA, pour faire oublier que ce qui est « donné » dans cette pratique est un être humain. Or, ce n’est que dans l’esclavage que l’on traite les êtres humains comme des objets.

Ana-Luana Stoicea-Deram

#GPA #DonDorganes #Marchandisation #esclavage