Dans un entretien accordé récemment à 50-50 Magazine, le Pr. René Frydman montre que les contrats de GPA sont largement méconnus par l’opinion publique, alors que « Ces contrats sont affolants ». Il explique également le double discours produit pour faire croire qu’il n’y a pas de lien entre l’enfant et la mère, dans le cadre de la GPA, réalisée avec l’ovocyte d’une autre femme que celle qui met au monde l’enfant.

Nous reprenons ici l’explication de sa position sur la GPA.

« Quelle est votre position sur la GPA ?

Ma position est très claire, je peux comprendre qu’un homme, deux hommes peuvent avoir envie d’élever des enfants. Je pense que ce n’est pas forcément simple pour des enfants d’avoir deux pères mais c’est une autre question, elle n’est pas forcément la principale même si on ne peut pas la nier.

Ce qui me trouble le plus c’est que la GPA passe par le corps des femmes donc la commercialisation de leur corps, l’assujettissement de leurs corps. Le corps des femmes est entré dans le marché.  Depuis 5 ans, tout le monde parle de la GPA mais personne n’a lu les contrats que signent les mères porteuses. Vous n’accepteriez pas le dixième de ce qui est écrit. Il est noté que vous n’avez pas le droit de fumer, pas le droit d’avoir de rapports sexuels, qu’il faut que vous vous couchiez tôt, si l’enfant est anormal vous le gardez etc. Ces contrats sont affolants. C’est pour moi une aliénation du corps des femmes, un assujettissement et on interview toujours les commanditaires, les maîtres qui disent que l’esclavage c’est bien. Ce sont les maîtres qui parlent.

On ne peut avoir un double discours. Le double discours c’est lorsque vous êtes en face d’un don d’ovocyte, vous avez un patrimoine génétique qui vient d’une autre femme. Et vous lui dites que vous allez porter cet enfant, vous allez lui donner votre épigénétique, vous allez moduler cette génétique, avec votre corps, vos pensées et cet enfant qui va naître sera votre enfant. Si vous mettez le même embryon chez une autre femme, cela ne donnera pas la même chose. Cet enfant vous le portez, vous allez avoir des douleurs, vous allez le prendre dans vos bras. Dans le cadre de la GPA, on dit exactement le contraire. Certes vous allez porter un enfant, mais comme il n’est pas de vous vous pouvez vous en détacher, vous n’aurez aucun affect envers lui. Ce sont deux attitudes qui sont impossibles à réconcilier.

Je ne vois pas la réalisation d’une GPA éthique. Une GPA peut aller jusqu’à 150 000 $.  Une médecine comme cela, avec un achat d’enfant, un abandon d’enfant et une femme qui n’a pas de place dans cette histoire car elle est souvent rejetée, souvent à l’étranger , ce n’est pas possible. Ce qui est étonnant c’est qu’en Angleterre où bien sûr l’offre est inférieure à la demande, le recours à des mères porteuses à l’étranger ne fait qu’augmenter. On s’adresse hypocritement aux Népalaises, aux Indiennes etc.

Je pense que le droit à l’enfant n’existe pas. On peut être unijambiste et heureux quand même. »

Pour mieux connaître les contrats de GPA américains, lire cet article

Pour comprendre pourquoi on parle d’achat d’enfants, il faut savoir que la GPA suppose un échange : un enfant contre de l’argent.

« la gestation pour autrui relève de la vente d’enfants dès lors que la mère porteuse ou une tierce partie reçoit « une rémunération ou tout autre avantage » en contrepartie du transfert d’un enfant. La définition de la vente d’enfants contient trois éléments : a) « la rémunération ou tout autre avantage » (paiement) ; b) le transfert d’un enfant (transfert) ; et c) l’échange de « a » contre « b » (transfert contre paiement). » Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la vente et l’exploitation sexuelle d’enfants (mars 2018)

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