Une femme en bonne santé, mère, qui n’a pas de désir d’enfant, décide de porter une grossesse et de mettre au monde un enfant dans le but de le remettre, dès sa naissance, aux personnes qui le lui ont demandé. Elle devient une mère « porteuse ».

Le plus souvent, la mère « porteuse » est rémunérée pour cela ; parfois elle ne l’est pas. Le plus souvent, elle signe un contrat avec les commanditaires de l’enfant, mais parfois il n’y a pas de contrat. Souvent, les mères porteuses à qui on donne la parole disent l’être par altruisme, pour le plaisir de « faire le don de la vie ». Souvent, aussi, elles disent le faire par besoin d’argent.

Quelles que soient les circonstances dans lesquelles une femme devient mère porteuse, quelles que soient ses motivations, elle prend toujours – toujours – des risques énormes pour sa santé et pour sa vie. Des risques dont elle est peu informée, et peu consciente.

Ces risques infligés à une femme sont une violence qui lui est faite délibérément et sans aucune nécessité : elle n’a pas de désir d’enfant. Cependant, des médecins lui administrent des traitements hormonaux et l’inséminent, afin de lui faire porter une grossesse. Des médecins acceptent aussi de prendre des décisions médicales sans raison médicale, pour le simple plaisir et contentement des commanditaires (qui aux États-Unis, par exemple, sont seuls à décider de la manière d’accoucher).

Les violences à l’égard des femmes sont définies comme « tous les actes de violence fondés sur le genre qui entraînent, ou sont susceptibles d’entraîner pour les femmes, des dommages ou souffrances de nature physique, sexuelle, psychologique ou économique » (Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention « d’Istanbul », ratifiée par la France le 4 juillet 2014). (S. Simon)

La GPA est une violence médicale faite aux femmes, dans la mesure où les actes délibérés exercés sur le corps et la personne de la femme (une femme en bonne santé), sont réputés lui provoquer des dommages et des souffrances de nature physique (et parfois aussi, psychologique(1) et économique).

Les dommages et les souffrances physiques inhérentes à la GPA sont désormais bien connues par les médecins, mais très peu par les principales intéressées, et encore moins par l’opinion publique.

Une étude récente recense les résultats de dix ans d’expérience de GPA aux Pays-Bas, où la pratique est réputée être altruiste, dans le sens où la mère n’est pas payée. Les grossesses sont issues exclusivement d’ovocytes qui n’appartiennent pas à la mère « porteuse ». (Peters & al.)

Cette étude montre le risque élevé de conséquences obstétricales indésirables pour la mère « porteuse », comparés avec leur présence dans les grossesses autres que par GPA :

« An increased risk for adverse obstetric outcomes in surrogate mothers is noted for hypertensive disorders and post-partum haemorrhage compared with the incidence in non-surrogacy pregnancies. »

Plus précisément, pour ces grossesses GPA, il s’agit de :

hypertension pour 20,6 % des mères « porteuses » – à titre de comparaison, en France, ce risque est de 10 % en moyenne ;

déclenchement de l’accouchement dans 52,9 % des situations – à titre de comparaison, en France il intervient dans 23 % des grossesses, et l’Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser 10 %! (Cintas) ;

hémorragie de l’accouchement (ou du post-partum), c’est-à-dire la perte de 500 ml de sang ou plus dans les 24 heures qui suivent l’accouchement : elle s’est produite dans 23,5 % des grossesses GPA étudiées aux Pays-Bas. Ce taux est de 5 % à 10 % des accouchées dans les pays développés. Concernant ce risque, deux études le situent à 6,3 % (pour l’Amérique du Nord et l’Europe), pour l’une d’entre elle, et à 13 % pour l’autre (pour la même région) (Kumar).

La GPA suppose donc, pour les mères « porteuses », deux fois plus de risque d’hypertension pendant la grossesse, cinq fois plus de risque de déclenchement de l’accouchement par rapport au seuil recommandé à ne pas dépasser, et de deux à quatre fois plus de risque d’hémorragie de l’accouchement, principale cause de mortalité maternelle.

Ces risques sont connus. Les médecins qui inséminent inutilement une femme en bonne santé et sans désir d’enfant, le savent ; les commanditaires les connaissent aussi, puisqu’ils prévoient des clauses spécifiques dans les contrats, et des dédommagements financiers au cas où le risque se produit, y compris en cas de mort de la mère.

Il s’agit, dans la GPA, d’actes de violence physique sur le corps et la personne de la femme mère « porteuse ».

(1) Il est étonnant de voir que, si l’on commence à parler aujourd’hui des souffrances psychologiques suscitées par l’accouchement dans des grossesses ordinaires, les grossesses GPA sont censées ne poser, de ce point de vue, aucun problème.

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Image : Jean-Baptiste Carpeaux, Scène d’accouchement, vers 1870, Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris

Références :

Simon, Sophie, 2014, « Violences faites aux femmes : définitions, principaux chiffres et politiques publiques de lutte », dans Les Tribunes de la santé, no. 44, pp. 93-98

Cintas, Estelle, « Accouchement déclenché : trop souvent imposé… », www.parents.fr article mis à jour le 06.10.2018 (consulté le 05.01.2019)

Hallot, Isabelle, « Hémorragie de la délivrance : le point », www.parents.fr, article mis à jour le 23.07.2017, consulté le 05.01.2019

Peters, Henrike & al., 2018, Gestational surrogacy: results of 10 years of experience in the Netherlands, dans Reproductive biomedicine online 37(6), octobre 2018

Kumar, Naina, « Postpartum Hemorrhage ; a Major Killer of Woman:Review of Current Scenarion », Obstetrics & Gynecology International Journal, 2016, 4(4)

Ana-Luana Stoicea-Deram

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