Maria de Koninck est sociologue et professeure émérite au Département de médecine sociale et préventive de la Faculté de médecine de l’Université de Laval. Première titulaire de la Chaire d’étude sur la condition des femmes de cette université, elle a mené et a participé à de nombreuses recherches portant sur la santé des femmes et les inégalités sociales en santé.

Dans son ouvrage Maternité dérobée. Mère porteuse et enfant sur commande, elle s’interroge sur la signification et les conséquences de la pratique de maternité de substitution.

« Le recours aux mères porteuses n’est pas une avancée de la biomédecine indépendante des rapports sociaux. Car, en remettant en cause la définition de la maternité, en la découpant et en la partageant entre différentes femmes, il agit sur le sens donné à la maternité en tant qu’expérience féminine. C’est pourquoi, s’interroger sur ce que ce recours signifie en se référant à l’expérience de la maternité force une large réflexion sur les rapports entre les femmes et les hommes, sur le sens de la reproduction humaine et sur le statut de l’enfant dans la société qui l’accueille.

L’être humain étant le seul à pouvoir se projeter dans l’avenir et à être conscient de sa condition de mortel, il est aussi le seul à pouvoir donner un sens à la possibilité de laisser, derrière lui, un ou des êtres qui prolongeront sa mémoire. Ce prolongement, dont la reconnaissance sociale est la filiation, est défini et encadré dans toutes les sociétés. La forme que revêtent cette définition et cet encadrement, étant une construction culturelle, diffère d’une société à l’autre. 

Le fondement naturel de la reproduction est la rencontre de deux personnes, permettant de créer un tiers différent, expérience profonde de l’altérité. Une fois l’enfant né, la transmission d’une génération à l’autre des savoirs, de la culture ou de l’inscription dans un groupe social n’est toutefois pas toujours le fait de ces deux parents biologiques. Diverses traditions ou événements peuvent, en effet, expliquer que, après sa naissance, un enfant est confié à d’autres qui en assumeront l’éducation et lui donneront une famille, qui n’est pas celle de ses parents naturels ». (pp. 14-15)

Maria de Koninck

#mèresporteuses #maternité #GPA #Canada #ventedenfants #santédesfemmes