Dans son numéro de septembre 2020, le mensuel La Décroissance informe sur la plainte déposée par notre collectif contre France télévisions.

 « La Décroissance – Le 5 août 2020, le Collectif pour le Respect de la Personne (CoRP), a déposé une plainte contre France Télévisions, qui mène d’après vous une véritable campagne de matraquage en faveur la marchandisation de la reproduction et notamment de la « gestation pour autrui » (GPA). Vous rappelez dans votre communiqué qu’« en France, la maternité de substitution est prohibée par le droit civil et réprimée par la loi pénale. Elle représente une violence faite aux femmes (…) et relève de la vente d’enfant. » Comment se fait-il que des médias d’Etat se livrent à une telle propagande ?

Ana-Luana Stoicea-Deram, membre du CoRP – Il est difficile de répondre à votre question, car pour y répondre, il faudrait être en mesure : 

1. d’observer et analyser les chaînes de décisions permettant aux initiatives/propositions de productions d’émerger et d’obtenir le soutien des instances de direction; 2. de connaître les motivations des réalisateurs et des producteurs, 3. d’observer les relations et les affinités des journalistes, leurs centres d’intérêts, leur capacité d’influence au sein des équipes dans lesquelles ils/elles évoluent, leurs plans de carrière (et donc les éventuelles collaborations avec d’autres médias) – autrement dit, de faire une enquête sociologique de la production médiatique.

Notre plainte ne vise pas à donner ce type d’explications.


Ce que nous souhaitons, c’est de tirer un signal d’alarme sur un traitement médiatique qui relève de la propagande, visant à faire accepter par l’opinion publique une pratique contraire à la dignité humaine. France télévisions occulte une analyse de fond de ce qu’est la maternité de substitution (un ensemble de violences faites aux femmes et de la vente d’enfants – termes qui ne sont jamais utilisés), pour ne s’occuper que des conséquences qu’elle a dans la vie des personnes qui ont obtenu satisfaction en y ayant recours. C’est le constat que nous faisons, depuis plusieurs années. Cette propagande est grave, car elle contribue à mal informer l’opinion publique, et à l’instrumentaliser.
Pourquoi les chaînes de France télévisions mènent-elles cette propagande, de plus en plus ouvertement ?
On peut faire l’hypothèse que l’on vise à obtenir un infléchissement de l’opinion publique en faveur de cette pratique, à l’aide d’un lavage de cerveau systématique

1. on prétend pouvoir débattre d’un sujet – or, on devrait plutôt expliquer que l’on ne débat pas des violences faites aux femmes, ni de la vente d’enfants. On ne peut pas dire : êtes-vous pour ou contre la vente d’enfants, car cela attaque la base même des droits humains.
2. la complexité et la présence des oppositions à la pratique, sont absentes de ce qui est présenté comme des débats.

L’explication de ce que Chomsky nomme « le lavage de cerveau en démocratie » est édifiante en ce sens. « Les sociétés démocratiques opèrent autrement. La «ligne» n’est jamais énoncée comme telle, elle est sous-entendue. On procède, en quelque sorte, au «lavage de cerveaux en liberté». Et même les débats «passionnés» dans les grands médias se situent dans le cadre des paramètres implicites consentis, lesquels tiennent en lisière nombre de points de vue contraires. Le système de contrôle des sociétés démocratiques est fort efficace; il instille la ligne directrice comme l’air qu’on respire. On ne s’en aperçoit pas, et on s’imagine parfois être en présence d’un débat particulièrement vigoureux. Au fond, c’est infiniment plus performant que les systèmes totalitaires. […] »

Et surtout, ce que les féministes (comme Janice Raymond « Women as Wombs (1993) et Gena Corea « The Mother Machine » (1985)) ont montré depuis longtemps, cette propagande agit sur la base du retournement des notions de « libre choix » et « consentement », en prétendant qu’elle profite aux dominé.es (en ce sens, les émissions de Francetélé sont des cas d’école de ce type de manipulation). Comme le disait Chomsky, à nouveau : « N’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Ainsi, lorsqu’une personne exerce son pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un bureaucrate, un mari ou un patron –, elle a besoin d’une idéologie justificatrice, toujours la même : cette domination est faite «pour le bien» du dominé. En d’autres termes, le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux. » (extraits de « Le lavage de cerveau en liberté », dans Le monde diplomatique, août 2007) (c’est moi qui souligne)

Les médias publiques n’ont jamais été du côté du progrès universaliste, féministe. Il suffit de se rappeler les émissions dans lesquelles les figures influentes du Tout Paris médiatique défilaient pour s’extasier devant la production littéraire faisant l’apologie de la pédocriminalité. De même, la prostitution est régulièrement encensée par ces médias. La promotion régulière de la maternité de substitution s’inscrit dans cette tendance, hélas trop durable, qui veut faire croire que les femmes choisissent librement, par « plaisir », des activités qui ont représenté, pendant des siècles, la raison de leur domination. En tant que féministe, je ne me demande pas pourquoi une institution veut promouvoir la domination et l’exploitation des femmes, au profit de l’ultralibéralisme. Je la combats, avec les moyens du Droit. »

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